Gabrielle Néron
Gabrielle est une fille d’action. Elle aime les déménagements! Si elle s’écoutait, elle ferait 10 productions en 2 ans et quelques bébés! Elle aime aussi les dimanches matins avec Arthur, ses méga-blocks et de gros cafés.
Voici une des pièces de Gabrielle présentées lors du spectacle Pièces pour emporter :
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Le Che, le livreur, mon père et moi
De Gabrielle Néron, 2009
-GO-
(Gabrielle est seule en scène avec un lutrin sur lequel est déposé un document papier)
En décembre 2002, j’ai écrit un manifeste. Je l’ai lu lors d’un cabaret que j’avais organisé… «pour qu’on prenne la parole». Mon père y était. (Gabrielle se dirige vers le lutrin. Elle lit son manifeste)
Enfant de la génération de l’acceptation, je me réveille! Je suis née d’une déception. Je suis née à la fin d’une époque où l’on criait notre indignation contre le système. Je suis née d’un désir de changement mis à mort par la peur individuelle. Ils ont revendiqué et se sont tus. Je suis l’enfant de la résignation! J’ai accepté votre révolution comme un bien acquis. J’ai oublié mon histoire et mes prédécesseurs. Ils se sont cachés dans leur nouvelle conformité sans nous apprendre leur contestation. Je suis l’enfant de l’acceptation!
(Elle revient centre scène)
Il y a quelques semaines, j’ai soupé avec un homme que je ne connaissais pas très bien. J’avais envie de discuter et lui aussi. Il s’appelle Guy. Guy c’est un livreur. Guy c’est un homme de poésie. Il connaît par cœur Prévert et Barbara. Guy c’est un homme qui a veillé les années 70 en espérant changer le monde.
Il a renoncé à une grosse job pour prendre le temps de rencontrer les gens qui l’entourent. Il arrive à fermer les yeux sur ceux qui se moquent de sa poésie et qui ne le prennent pas au sérieux. Il comprend ou bien il accepte, je ne sais pas trop. C’est comme s’il avait fait son deuil.
(Gabrielle se dirige vers le lutrin. Elle lit son manifeste)
J’ai été élevé dans une humilité plus grande que moi. L’humilité : Sentiment de sa propre insuffisance. Humble : Qui s’abaisse volontairement, par modestie, qui est sans éclat, sans prétention. Je veux oser être prétentieux et affirmer ma négation devant l’absurdité. Oser penser que je détiens le pouvoir de changer les choses!
Je veux dire que je suis contre toute acceptation! Qui n’est pas soutenu d’une idée réfléchie et mise à terme. Je suis contre le « c’est correct, pas pire, de toute façon, pour ce que ça change, tant pis, … »
Je suis contre le facile, le joli et le correct. Contre le chemin préétabli. Je vise le changement perpétuel et le dépassement! Je veux être vrai, toujours; même si ça dérange! Je veux sortir de cette paresse intellectuelle, m’intéresser, me questionner et arrêter de tout accepter. (Elle revient centre scène)
En parlant avec Guy je me suis rappelé mon manifeste, je lui en ai parlé. Il m’a dit durant la soirée : c’est drôle… parfois, on ne sait pas pourquoi et on trouve un écho dans les yeux de quelqu’un d’autre. Il me semblait tellement triste. Il avait tellement envie de parler. Quand je suis sorti du restaurant, j’ai pleuré en écoutant Barbara et Prévert. Je trouvais que j’étais futile. Et triste moi aussi.
Mis à part ma famille qui m’appelle le Che depuis, quelques amis, les personnes qui étaient présentes en décembre 2002 et Guy, personne n’était au courant de mon manifeste. Même moi, pendant longtemps je l’avais oublié. Ou j’en avais un peu honte. Mon père avait gardé ma copie; c’était la seule. Mon père c’est un syndicaliste, je pense qu’il m’a légué la poésie de Prévert et celle de Guy.
-RIDEAU-
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